Les colères paysannes · Le vote de la « loi spéciale » sur le budget · Projet de construction d’un nouveau porte-avions

Des blocages d’autoroutes dont certains sont encore en cours, des affrontements entre éleveurs et gendarmes lors d’abattages de troupeaux, 10000 manifestants, avec 1000 tracteurs à Bruxelles, au siège de l’UE, le 18 décembre… les colères paysannes se sont exprimées avec force dans tout le pays.
Les mobilisations des éleveurs de bovins ont commencé en décembre, en Ariège, dans les Hautes Pyrénées. Beaucoup s’opposent aux abattages systématiques des troupeaux dans lesquels une ou plusieurs bêtes sont contaminées par le virus qui développe la dermatose modulaire contagieuse (DNC). Si très peu de bêtes meurent de cette maladie, véhiculée par le sang, elle se propage très rapidement. Mais cette épizootie n’est pas transmissible à l’homme (contrairement aux zoonoses, comme la grippe aviaire, provoquée par le virus h5n1 ou le Covid provoqué par le virus sars-cov-2).
L’abattage des troupeaux en cas d’infection, la vaccination des animaux dans les zones répertoriées et leur isolement territorial sont les mesures prises par les autorités.
Le syndicat majoritaire, la FNSEA, soutient cette politique. Représentant des intérêts des grands éleveurs et de l’agrobusiness, elle s’oppose à la vaccination généralisée (14 millions de bovins !) car cette décision a un impact direct à la baisse sur le prix de la viande ou des animaux exportés. Cela va à l’encontre du modèle de production intensive vouée à l’exportation promu par la FNSEA. C’est le modèle qui favorise les grandes exploitations de plus de 400 bêtes.
Si elle s’est associée au mouvement, notamment à travers la branche « jeunes » (CDJA), c’est parce qu’elle ne veut pas laisser le terrain aux deux syndicats – la Confédération paysanne et la Coordination rurale – qui sont mobilisés dans les blocages, les manifestations. Tous deux ont gagné en représentativité aux dernières élections aux chambres d’agriculture, au détriment de la FNSEA qui ne peut plus prétendre être le représentant officiel majoritaire des agriculteurs et éleveurs.
La Confédération paysanne, que nos lecteurs connaissent, défend une « agriculture paysanne », non productiviste, qui écoule les produits sur un marché le plus local possible, une production et un élevage respectueux de l’environnement, à des prix accessibles aux masses populaires. Elle se revendique comme syndicat opposé à la logique capitaliste, à la politique néolibérale de « libre concurrence », qui se traduit notamment par l’accord du Mercosur. Dans cette crise sanitaire, elle revendique la vaccination généralisée et des mesures de protection des troupeaux qui évitent leur abattage systématique et automatique. Pour les éleveurs à la tête de troupeaux de quelques dizaines de bêtes, la destruction de leur bétail signifie la perte d’années de travail et de sélection, qui ne se « remplace » pas mécaniquement par l’achat d’autres bêtes.
La Coordination rurale met en avant des positions similaires, mais plusieurs de ses dirigeants sont clairement identifiés comme ayant des positions d’extrême droite. En aucun cas, ils ne mettent en cause le modèle de production capitaliste et tiennent un discours nationaliste réactionnaire.
La FNSEA met l’accent sur la dénonciation du Mercosur, sur le nouveau projet de baisse de 20% de la PAC (politique agricole commune) qui réduit les aides financières à l’agriculture productiviste et veut augmenter de 25% la taxe sur les engrais produits à partir de gaz naturel, dont elle est grande utilisatrice. C’est pourquoi elle a été présente en force à Bruxelles, le 18 décembre, pour « faire pression » sur la Commission européenne, pour qu’elle ne signe pas l’accord UE-Mercosur ([1]) ; une position qui rejoint totalement celle de Macron et du gouvernement Lecornu qui demandent un report de cette signature. U. van den Leyen, favorable à cet accord global (qui porte aussi sur les produits industriels et les services financiers), a « obtenu » un report jusqu’à mi-janvier.
Lecornu, puis Macron, ont reçu les représentants des syndicats agricoles, pour obtenir la levée des barrages, notamment sur les axes autoroutiers, en s’engageant à accélérer les vaccinations – prises en charge financièrement par l’Etat – et le versement des primes à l’abattage. Mais ces mesures ne portent pas sur les causes profondes de la crise agricole que ce mouvement a mis en lumière.
Nos camarades de Toulouse, de Carcassonne, sont allés à la rencontre des militants de la Confédération paysanne pour apporter le soutien de notre parti.
« Loi spéciale », loi de défense des intérêts de l’oligarchie
Comme nous l’avons dit dans le journal de décembre, la longue séquence autour du budget de l’Etat et celui de la Sécurité Sociale (PFSS) débouche sur le vote d’une « loi spéciale » qui entérine l’orientation de l’austérité pour les travailleurs et les masses populaires en attendant le budget définitif que le gouvernement cherchera à faire passer en début d’année. La « méthode Lecornu » basée sur des négociations et la recherche de compromis avec les groupes parlementaires, fait gagner du temps au gouvernement et au grand patronat pour poursuivre les restructurations, les vagues de licenciements et le démantèlement des services publics…
Encore 10 milliards de plus pour la militarisation
C’est dans ce contexte que Macron a donné le coup d’envoi de la construction d’un nouveau porte-avion, en remplacement du Charles De Gaulle, en lançant dès maintenant les travaux de fabrication des chaudières nucléaires devant l’équiper. Plus de 10 milliards devraient y être consacrés ! sans parler des avions, drones et autres équipements militaires, des 2000 marins… pour cet équipement symbole de la puissance militaire de l’impérialisme français et de « ses » colonies.
« Je me porte garant de cet engagement » a proclamé Macron, comme si « sa » décision s’imposait obligatoirement à ses successeurs. Il sait pouvoir compter sur la droite, le centre, l’extrême droite, le PS et la majorité des responsables des Verts, pour approuver l’accroissement des dépenses militaires, comme on vient de le voir, lors du débat au parlement sans valeur contraignante sur le budget de la « défense ».
C’est dire l’importance de dénoncer la militarisation de l’économie, de la société, des esprits, de la jeunesse…, de faire connaître et de soutenir toutes les initiatives qui vont dans ce sens, comme le travail des journalistes de Disclose, poursuivis par Thalès, pour avoir dénoncé les livraisons de matériels qui entrent dans la fabrication d’armements équipant l’armée génocidaire de l’Etat sioniste. De soutenir les syndicalistes et les travailleurs qui dénoncent les patrons qui veulent lancer la production de drones, ou d’autres pièces à vocation militaire dans des entreprises « civiles ».
Le capitalisme et l’impérialisme, c’est la guerre !
C’est pourquoi notre parti met en avant deux mots d’ordre :
De l’argent pour la santé, l’école, le social, pas pour la guerre !
Capitalisme, broyeur de vies : De ce système, on n’en veut pas, on le combat !
Et nous ajoutons :
