Urbanisme : Les CAUE en lutte contre leurs fermetures programmées 10 décembre 2025
Un plan social national, organisé par l’État, vise à détruire les 1 000 emplois restants du réseau des 92 CAUE (Conseils d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement).
Les CAUE sont des associations départementales d’intérêt public, financées par une taxe sur la construction – taxe qui abonde aussi les budgets des collectivités locales. Les missions des CAUE sont notamment de conseiller gratuitement, depuis 45 ans, les habitants et élus locaux pour leurs projets ainsi que de sensibiliser aux questions d’environnement.
Ces structures sont parmi les dernières survivances de l’ingénierie publique départementale gratuite , en matière d’aménagement, après la liquidation des effectifs des DDE puis des DDTM (1) par l’Etat.
En 2022, malgré les alertes syndicales et parlementaires, le gouvernement effectue une réforme sur la taxe publique qui finance les CAUE. En l’absence de mobilisation, la réforme se met en place malgré de grandes difficultés et conduit de manière prévisible à une perte fiscale estimée à 1,5 milliard d’euros (2024-2025), avec des conséquences désastreuses pour les CAUE qui en dépendent.
A ce jour, on dénombre plus d’une centaine de postes supprimés en 2025 et 25 % d’effectifs perdus depuis
> 2023. Après 34 ans d’existence, le CAUE de la Manche a été liquidé le 28 novembre, 14 salariés concernés.
D’autres vont suivre en 2026, une quinzaine de CAUE étant en situation critique absolue. Presque partout les licenciements et postes gelés se multiplient.
Profitant de la dynamique d’un premier embryon syndical national CGT, des salarié-es décident de se mobiliser malgré les difficultés objectives dans le secteur associatif : effectifs moyen de 10 ETP (équivalent temps plein) par CAUE départementaux, 40 % des structures sans CSE, aucun syndicat et un grand isolement géographique.
Grâce à une première rencontre nationale à Lyon en juillet, suivie de visios régulières, dont une AG nationale en octobre, la lutte s’organise progressivement.
Les contacts se multiplient grâce à un « sondage social » lancé par la CGT, au bouche-à-oreille et l’implication de militants CGT. Le syndicat diffuse les informations et son analyse, obtient quelques articles de presse, apporte son soutien au CAUE de la Manche placé en liquidation (rassemblement le 5 novembre à Saint-Lô). Le 13 novembre, la CGT organise une première initiative à Albi lors des assises des Départements de France, pendant la venue de G. Larcher.
L’analyse et l’action syndicale confortent clairement la responsabilité de l’État dans la liquidation délibérée des CAUE et d’y opposer le « Maintien de tous les CAUE ! ».
La question des CAUE devient une question politique de « service public » pour les élus locaux.
Le syndicat s’étoffe, peut compter sur le soutien d’autres syndicats CGT concernés (Finances publiques, Ecoles d’Architecture), des UD/UL et de sa fédération, la CGT de la construction. Un courrier national est envoyé au premier ministre signé de S. Binet fin novembre. Le syndicat devient un interlocuteur légitime de la Fédération Nationale des CAUE. De nombreux députés et parlementaires répondent aux sollicitions syndicales de la CGT CAUE. Le Parlement adopte au PLF un amendement pour soutenir indirectement le financement des CAUE pour 2026. Évidemment, ce n’est qu’une étape de la lutte, car non seulement elle s’inscrit dans le cadre d’un budget de méga-austérité, les licenciements ne sont pas stoppés et surtout le gouvernement veut toujours supprimer les CAUE et leur modèle non marchand.
C’est pourquoi, le syndicat CGT ne lâche rien et continue de se battre pendant que les parlementaires débattent. U ne nouvelle action régionale se tiendra à Toulouse, le 9 décembre. D’autres actions sont en préparation.
Par ailleurs, s’est tenue le 26 novembre, à la Bourse du Travail de Paris, une rencontre des services publics de l’environnement avec une douzaine de syndicats concernés :
OFB, ONF, Anses, IGN, Institut Paris Région, Agences de l’Eau, CAUE… Une manif à Paris est à l’ordre du jour pour janvier.
Dans un contexte de méga-austérité, il devient urgent de démontrer qu’on PEUT lutter et qu’on DOIT lutter , même dans des petites structures. C’est vital ! ★
