Parti Communiste des Ouvriers de France

Le nouveau « service national » pour préparer à la guerre inter-impérialiste
10 décembre 2025

Les déclarations du chef d’étatmajor des armées, F.  Mandon (1) , le 18 novembre dernier, sur la nécessité de se préparer à sacrifier nos enfants pour la guerre avec la Russie (2) , ne passent pas. Elles tombent doublement « mal ». D’une part, parce qu’elles interviennent au moment où le projet de budget qui rabote le social, l’école, la santé… mais augmente celui de l’armée, de 6,7  milliards d’euros, est encore en débat. Lecornu envisage même de faire voter la pérennisation de cette augmentation, à part du vote du budget.

D’autre part, parce que Macron a fini par annoncer, après des mois de tergiversations, une nouvelle forme de service militaire, destinée précisément aux jeunes de 18-19 ans, le « service national volontaire » (SNV).

Cette décision clôt définitivement la chaotique et coûteuse séquence SNU (service national universel), voulue par Macron en 2019.

Comme le regrettent quelques commentateurs, pourtant acquis aux thèses sur la nécessité de pousser les feux de la militarisation, ces décisions «  créent un sentiment d’injustice  » qui peut éroder l’image de l’armée dans l’opinion publique. Pour eux, il aurait fallu attendre que le budget passe avant de faire ce type de déclaration qui crée l’inquiétude. Macron, qui prépare le terrain depuis des mois pour faire « prendre conscience de la menace que constitue la Russie » et qui répète à l’envie « nous sommes en guerre », a embrayé, en essayant de rassurer l’opinion qui reste majoritairement opposée à la participation de la France à une guerre qui pourrait dégénérer en conflit majeur. Les futurs volontaires pour un service national de 10 mois ne seront pas envoyés en dehors des frontières nationales (autrement dit, en France et dans les outre-mer), et surtout pas en Ukraine !

Ces déclarations officielles ont été très largement commentées, amplifiées, par les grands médias qui invitent militaires et « spécialistes » à apporter des arguments sur la réalité de la menace russe (toujours assenée comme une vérité absolue), sur l’insouciance coupable de l’opinion trop pacifiste, sur la nécessité de se préparer à la guerre… (3) . L’accent est également mis sur la nécessité de renforcer un «  patriotisme européen » et de prendre exemple sur les dirigeants allemands et belges, qui ont réintroduit le service militaire.

Parallèlement et pratiquement en même temps, les services du gouvernement ont publié un guide « Tous responsables », qui dit notamment :

« la France affirme sa volonté d’inscrire la résilience au cœur de sa stratégie de sécurité nationale. Le guide “Tous responsables” constitue une traduction concrète de cette ambition.  » La députée écologiste, D.  Batho a regretté qu’il ne soit pas mis dans toutes les boîtes aux lettres !

Macron précise sa vision du service national

Dès l’été 2026, 3000 volontaires, garçons et filles, sélectionnés sur la base de leur motivation, de leurs compétences, auront une vraie formation militaire de 10 mois. Ils seront encadrés par des militaires professionnels, vivront dans des casernes, aux côtés d’unités combattantes, auront une «  solde  » de 800 euros par mois « nourris, logés, blanchis ». Ils seront affectés aux missions de surveillance (des sites militaires ou intégrés au dispositif «  sentinelle  ») avec des armes de guerre. Ils pourront aussi être affectés, selon leurs compétences, leur niveau scolaire, leur maîtrise des outils informatiques… à des tâches de logistique, de restauration… Macron ambitionne, pour 2035, 50 000 recrues !

Bien évidemment, un certain nombre de ces jeunes pourront, dans la foulée, s’engager dans l’armée et tous et toutes seront versé.e.s automatiquement dans la «  réserve opérationnelle de disponibilité  » pour 5 ans « comme tout ancien militaire ou volontaire », précise le site dédié de l’armée de terre qui a déjà commencé à recueillir les candidatures au SNV. L’armée qui se dessine sera composée de militaires de carrière, de réservistes et de « volontaires », dont les effectifs totaux devraient croître. ★


1. Fabien Mandon, général de l’armée de l’air, conseille Macron depuis 2017.
3. Un article d’Acrimed fait le détail des prises de position du «  journalisme de caserne  »  : «  Guerre et service militaire – les médias sonnent le tocsin » https://ec1ec.r.ah.d.sendibm5.com/mk/mr/sh/1t6AVsd2XFnIGNShYc06zaSN2Cfgu8/8WzHWeuVANQJ La réserve opérationnelle (43  700 en 2024) devrait passer à 105 000 en 2035.