Parti Communiste des Ouvriers de France

Le complexe agro-militaire israélien : outil de colonisation en Palestine
10 décembre 2025

Cet article est basé sur un travail de l’AFPS de l’Aude, alimenté par des travaux existants et des échanges avec la Confédération paysanne et la CGT INRAE. Quelle est la situation de l’agriculture palestinienne à Gaza ?

L‘expérience coloniale en Cisjordanie, en matière de «  guerre agricole  », a été utilisée à très grande échelle à Gaza, avec comme objectif la destruction totale et méthodique du système agricole pour rendre le territoire inhabitable à son peuple.

Malgré le blocus de Gaza par Israël depuis 2007, les agriculteurs palestiniens avaient réussi à construire un secteur agricole principalement de subsistance. C’était un acte de résistance et de fierté mal supporté par Israël.

Désormais, la quasi-totalité des terres agricoles de Gaza sont détruites et la population est concentrée sur moins de 10 % du territoire, soumise à une famine génocidaire. 75  % des zones agricoles et sauvages de Gaza ont disparu. Les différentes cultures ont été détruites. Les oliviers sont arrachés à grande échelle par le colonisateur.

Les terres sont rendues inexploitables pour partie et pour longtemps (bombes, débris…) et l’eau des nappes est polluée par la guerre et la salinisation due au blocus. Le système d’’irrigation est systématiquement détruit. Il n’y a plus d’élevage puisque les animaux (viande/lait) ont été abattus, consommés, blessés ou volés. La viande est introuvable sur place depuis de nombreux mois.

La pêche est interdite : les bateaux et les ports ont été détruits, les pêcheurs sont interdits de naviguer et pris pour cible.

Pourquoi parler de complexe agromilitaire ?

Pour coloniser le territoire palestinien, la question agricole est centrale avec plusieurs facteurs à maîtriser  : la ressource en eau et l’irrigation (1), les terres fertiles, la main-d’œuvre agricole. Il s’agit d’accroître la dépendance agricole du peuple colonisé (intrants, semences, matériel, échanges commerciaux imposés…).

Pour essayer d’optimiser son autonomie agricole, Israël est pionnier mondial dans la technologisation de l’agriculture  : drones, intelligence artificielle, irrigation automatisée, OGM, biotechnologies… Avec de nombreuses entreprises : TerraVerde, Green 2000, Netafim, Haifa Chemicals, LR Group… Ces technologies d’agriculture ultraintensive, destructrices de l’environnement, permettent de mener la guerre de l’eau aux Palestiniens et d’optimiser les besoins en maind’œuvre par l’automatisation (imagerie satellite, IA, drones agricoles…).

L’agro-industrie israélienne s’est donc largement développée en lien avec le militaire sur la base d’une « économie de colonisation » qui a besoin du secteur agricole. Les capitaux sont entremêlés entre civil et militaire, y compris dans la recherche, avec des dirigeants d’entreprises issus ou proches du militaire et avec un soutien de l’État sioniste.

Désormais, il y a même des déploiements économiques à l’étranger avec des accords commerciaux imposés aux paysans locaux (Viêtnam, Angola, RDC, Azerbaïdjan, Papouasie…).

Cette agro-diplomatie est menée par une poignée d’entreprises bénéficiant de relations politiques et militaires.

Les accords prévoient la vente de tout un process agricole «  clef en main » et incluent souvent en complément des contrats militaires. L’un des exemples proches est la normalisation des relations avec le Maroc, qui bénéficie de logiciels d’espionnage israéliens (scandale Pégasus en 2021) et qui achète des semences OGM de tomates à Israël dont une partie cultivée avec l’eau volée au peuple sahraoui.

Quels fils pour la solidarité ici en France ?

L’accord de coopération UE-Israël, dénoncé par de nombreuses organisations et par F. Albanese est l’un des rouages qui alimente ce complexe agro-militaire  : 400 millions d’euros d’aides cumulées auraient été données au monde de la tech israélienne  ! Cet accord est donc à combattre.

Le soutien à la paysannerie palestinienne est loin d’être symbolique et permet de cibler un rouage de la colonisation. Par exemple, la Conf’ et Via Campesina ont dénoncé la destruction à Hébron de la banque de semences locales, le 31 juillet 2025, par des bulldozers israéliens.

Cette banque était tenue par l’UAWC (syndicat paysan palestinien membre de Via Campesina).

Enfin, il faut stopper toutes les coopérations de recherches avec ce complexe agro-militaire israélien. La CGT INRAE par exemple, demande l’abandon d’un dernier partenariat entre l’INRAE et l’Institut Weismann, lié à l’armée israélienne, pour un projet européen «  Horizon, Prowild » qui vise à conserver des variétés locales alors même que la banque de semences palestinienne a été détruite par l’armée !

Comme pour d’autres secteurs économiques, si les Palestiniens formaient au début une main-d’œuvre agricole à bas prix, ils sont remplacés depuis des années par des travailleurs asiatiques encore plus corvéables dont 30 000 Thaïlandais dans les kibboutz et les fermes, mais aussi des Philippins, des Népalais… Cela permet de chasser encore plus les Palestiniens de l’économie israélienne, dans une logique d’apartheid. ★


1. Israël contrôle 85 % de l’alimentation en eaude la Cisjordanie (Via Campesina 2025).