La Palestine au centre de l’offensive de la réaction contre le monde académique 10 décembre 2025
S’il en était besoin, les événements des dernières semaines sont venus démontrer le soutien indéfectible de l’Etat français à la politique de l’Etat d’Israël, sa volonté de passer sous silence la question palestinienne et de dénigrer et criminaliser toute tentative de solidarité avec le peuple palestinien.
Tout cela se fait dans le contexte d’un recul de plus en plus préoccupant des libertés académiques avec des méthodes que ne renierait pas l’extrême droite.
Le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR), Philippe Baptiste, est un fervent défenseur d’Israël. Il est déjà intervenu à plusieurs reprises pour dénoncer le soutien à la cause palestinienne des étudiants et personnels de l’ESR et défendre, coûte que coûte, les accords d’association entre les universités et autres institutions académiques françaises et israéliennes ou les partenariats divers.
Un pas supplémentaire a pourtant été franchi ces dernières semaines avec l’annulation, par décision de l’administrateur du Collège de France (CdF), sous la pression du ministre, d’un colloque académique de deux jours intitulé « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », co-organisé par le CdF (plus précisément par Henry Laurens, historien et détenteur de chaire d’histoire contemporaine du monde arabe) et le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (CAREP Paris). Cette annulation a été annoncée quelques jours avant le colloque (13 et 14 novembre 2025) sous le prétexte de possibles troubles à l’ordre public pouvant se manifester autour de l’événement. Les dessous de cette annulation sont assez clairs : elle fait suite à un article du Point mettant en cause certains des intervenants, pourtant tous membres reconnus du monde académique ou bien acteurs du monde diplomatique, tous experts du sujet du colloque, pour leur manque de neutralité voire leur soutien explicite au Hamas ou aux frères musulmans, et à une levée de boucliers du CRIF et de la LICRA. S’en est suivi un courrier du ministre à l’administrateur du CdF dans laquelle P. Baptiste suggère fortement qu’il serait préférable d’annuler l’événement et indique par ailleurs être « personnellement en profond désaccord avec l’angle retenu » par le colloque, dans la droite ligne des revendications du CRIF et de la LICRA. Le colloque annulé au CdF a néanmoins pu se tenir dans les locaux du CAREP dans des conditions matérielles dégradées mais avec une très forte audience pour la retransmission en ligne. L’annulation a en effet permis d’assurer une très forte promotion à l’événement même si cela ne doit pas masquer le caractère, sans précédent récent, de cette attaque contre les libertés académiques par le ministère.
Les réactions à cette annulation ont été nombreuses, le milieu académique ayant dans sa très grande majorité affiché sa consternation et sa réprobation. Des rassemblements intersyndicaux ont eu lieu, notamment devant le ministère et une pétition demandant la démission du ministre a recueilli plusieurs milliers de signatures en quelques jours.
Mais quelques jours après la forte polémique suscitée par l’annulation du colloque au CdF, le ministre, pourtant fortement désavoué par la communauté académique, a remis le couvert en transmettant un sondage du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po) et de l’IFOP aux chefs d’établissement universitaires dans le cadre d’une enquête nationale sur l’antisémitisme au sein de l’enseignement supérieur.
Ce sondage, véritable outil de fichage politique des personnels et des étudiants, et dont les questions mélangeaient ouvertement des notions d’antisémitisme, d’antisionisme ou de critique à l’égard de la politique de l’Etat d’Israël a, là aussi, suscité de très vives protestations du milieu académique qui en a compris les enjeux et les objectifs délétères.
Après quelques jours de polémique, le sondage a été retiré en catimini et ne sera donc pas analysé ni transmis.
La tentative d’imposer un tel sondage au sein des établissements de l’ESR, tout comme les événements récents décrits plus haut montre néanmoins que la pression de la réaction se fait de plus en plus forte sur le milieu universitaire et de la recherche.
Face à cela, les résistances s’organisent chez les étudiants et les personnels, forçant les présidents d’université à prendre position (comme ils l’ont fait contre le sondage ou au sujet de la récente intrusion de députés RN à l’université de Villetaneuse).
La mobilisation devra encore s’amplifier pour faire face à ces attaques de plus en plus fortes. ★
