Guerre en Ukraine et « paix » trumpienne 10 décembre 2025
On ne compte plus les « moments décisifs » dans cette guerre que mènent, depuis 2022, directement et par alliés interposés, les puissances impérialistes. Mais, cette fois, la politique trumpienne risque de déboucher sur un « accord » qui satisfait principalement et exclusivement les intérêts de l’impérialisme US et de l’impérialisme russe.
Les dirigeants européens crient à la trahison et veulent poursuivre la guerre : une position que nous avons toujours combattue et nous continuons à le faire.
Une solution dans les intérêts des peuples, notamment ceux du peuple ukrainien, ne viendra pas des puissances impérialistes, que ce soit les USA, la Russie ou l’UE. Elle ne pourra venir que de forces démocratiques qui se détacheront du carcan du nationalisme étroit et réactionnaire qui se nourrit de cette guerre inter-impérialiste.
Retour sur la guerre inter-impérialiste
Au départ, il y avait clairement deux camps qui s’affrontaient :
l’impérialisme russe, soutenu par ses alliés qui lui apportaient un soutien économique et politique, notamment en refusant d’appliquer les sanctions (la Chine, plusieurs Etats des Brics…), un soutien militaire ouvert pour certains (Iran, Corée du Nord) et toute une série d’Etats qui refusaient de se ranger derrière les USA et leurs alliés européens pour isoler la Russie.
De l’autre, il y avait les puissances impérialistes, à commencer par l’impérialisme étasunien, ses alliés membres de l’Otan, qui ont soutenu l’armée ukrainienne par des livraisons de tous types d’armes, par des aides financières très importantes (168 milliards d’euros), de l’UE qui revendique la moitié des aides totales fournies (1).
Au fil du temps et des offensives, contre-offensives et de la guerre de tranchée le long des centaines de kilomètres de front, cette guerre inter-impérialiste s’est enlisée, sans perspective de victoire « décisive », avec, comme seule certitude, l’augmentation inexorable du nombre des victimes civiles et militaires et des destructions sans fin.
Depuis le début, l’impérialisme étasunien a évité d’engager des troupes. Les dirigeants des Etats impérialistes d’Europe également, mais tous ont poussé à la poursuite de cette guerre.
Les monopoles d’armement étasunien ont vendu énormément de matériels, aussi bien à l’Ukraine qu’aux alliés de l’Otan. Les budgets d’armement ont explosé dans tous les Etats impliqués. Poutine a « militarisé » une partie de l’économie russe, a renforcé le contrôle de la population pour réprimer toute contestation, et a accru la dépendance vis-à-vis de ses alliés, notamment de la Chine.
Sous l’impulsion de la Commission européenne, l’Union européenne a développé le secteur de la défense pour, à la fois, soutenir l’effort de guerre de l’Ukraine et pour accroître considérablement les capacités de production des monopoles de l’armement, pousser les gouvernements à militariser l’économie et la société. Le soutien à l’Ukraine est devenu de plus en plus synonyme de préparation à la guerre contre la Russie, présentée comme la principale menace pesant sur l’Europe.
Avec Trump, l’impérialisme américain a opéré un changement majeur dans l’approche de cette guerre.
Par-delà son style insupportable, qu’il n’est pas utile de décrire ici, il a enclenché un processus pour arriver à un compromis avec Poutine, basé sur les intérêts de chacune de ces deux grandes puissances.
En simplifiant, on peut dire que c’est une extension internationale du « Make America Great Again », basée sur les rapports de force et la recherche de toutes les opportunités de faire faire des « affaires » aux monopoles étasuniens, y compris, aujourd’hui, avec des monopoles russes. Des négociations sont déjà engagées autour des questions des sources d’énergie, des métaux rares, des projets spatiaux… à développer « demain », quand l’Ukraine ne sera plus un point de fixation. Il n’y a pas de muraille entre la guerre inter-impérialiste et la « paix interimpérialiste », il n’y a que des rapports de force.
Cette règle s’applique à tous ; il n’y a plus d’alliés privilégiés mais que des concurrents, selon une certaine hiérarchie, basée sur la force économique, militaire…, et sur une active politique de division, de déstabilisation.
Ce sont les puissances impérialistes dominantes en Europe et leur instrument économique, politique, diplomatique et aujourd’hui militaire, à savoir l’UE, qui en font les frais, et « accessoirement » l’Ukraine et Zelensky.
C’est le scénario qui est en train de se mettre en place, avec des discussions directes entre l’administration Trump et les dirigeants russes, au-dessus de la tête de Zelensky et des dirigeants des Etats européens, autour d’un plan qui prévoit notamment d’entériner le contrôle des territoires conquis et revendiqués par l’armée russe, de mettre un terme aux velléités de faire entrer l’Ukraine dans l’Otan, de limiter la taille de ses forces armées, et de donner de vagues « garanties de sécurité » à l’Ukraine.
Pour la « reconstruction », Trump revendique de disposer des « avoirs russes gelés » en Europe, pour financer les travaux confiés à des entreprises US et d’en restituer une partie à la Russie.
Les dirigeants de la « coalition des volontaires » pour l’Ukraine essaient d’infléchir ce plan, pour éviter une « capitulation » de l’Ukraine, tout en craignant que Zelensky lui-même y cède, étant donné la situation très critique qui règne en Ukraine, en ce début d’hiver où les bombes russes détruisent les installations électriques. Et dans le contexte d’une perte de confiance, suite à la mise en lumière d’un vaste mécanisme de corruption qui touche le cercle rapproché du pouvoir et a déjà provoqué la démission du principal conseiller de Zelensky, celui qui conduisait jusqu’à présent les négociations avec l’administration Trump et les dirigeants européens.
Un ancien dirigeant danois de l’Otan, F. Rasmussen, qui a, entre autres, entraîné son pays dans la guerre d’Irak, aujourd’hui converti dans le conseil en matière de défense, vient d’appeler à agir vite, pour ne pas être hors course : « L’Europe doit cesser d’attendre les signaux de Washington et prendre l’initiative en Ukraine. (…) J’appelle aujourd’hui l’Europe à déployer jusqu’à 20 000 soldats derrière les lignes de front ukrainiennes, à mettre en place un bouclier aérien avec environ 150 avions de combat et à débloquer les avoirs russes gelés. L’Europe mérite sa place à la table des négociations en apportant une réelle capacité d’action, et non en demandant la permission . » Macron partage cette vision, en essayant de trouver une place autour de la table des négociations. Mais ni ses visio-conférences à répétition et ses rencontres avec Zelensky, ni son voyage en Chine pour essayer de persuader Xi Jinping de faire pression sur Poutine, n’aboutissent.
Lutter contre la politique d’austérité, résister à la propagande sur la guerre inévitable
Pour de plus en plus de travailleurs, de jeunes, de femmes des milieux populaires, ces deux aspects sont liés. Le débat sur le budget de l’Etat et sur celui de la sécurité sociale, malgré les manœuvres et les annonces contradictoires, a mis cette question en évidence. Le refus de la guerre, l’opposition à la militarisation de la société sont largement partagés, malgré le matraquage idéologique permanent. Il ne s’agit pas de nier qu’il a un certain effet, que la propagande sur le danger que fait planer la Russie de Poutine ne provoque pas des inquiétudes, inquiétudes alimentées sciemment par Poutine, à coups de déclarations menaçantes.
Il y a des forces, dans le mouvement syndical, dans le mouvement démocratique, dans le mouvement de solidarité avec les peuples qui subissent les attaques des puissances impérialistes, qui dénoncent la militarisation, le budget de guerre payé par les coupes sombres dans les budgets sociaux ; qui dénoncent l’offensive de l’armée en direction des jeunes. Cela se vérifie au niveau national ainsi qu’au niveau international, notamment en Europe. Il faut trouver les formes, les moyens, les terrains pour travailler à développer ces mobilisations, notamment celles contre l’embrigadement de la jeunesse. ★
