Parti Communiste des Ouvriers de France

Grenoble : Occupation de la « Metro » par des livreurs à vélo sans papiers et leurs familles
10 décembre 2025

Auto-entrepreneurs « pseudoindépendants », surexploités par les plateformes Uber Eats et Deliveroo qui profitent de leur statut de travailleurs sans papiers, les livreurs à vélo sont exposés à une double mafia : celles des loueurs de comptes et celle des marchands de sommeil. Depuis le 19 novembre, plus de 150 d’entre eux, et avec eux plusieurs familles et de nombreux enfants en bas âge, occupent les locaux de Grenoble Alpes Métropole (1). L’organisation de l’occupation est assurée par le Dal et par l’association des livreurs (ADALI), avec le soutien de militants associatifs et syndicaux qui, chaque jour, se relaient pour une présence constante dans le bâtiment occupé.

Le marché de la misère et de la précarité

L’immense majorité des livreurs sont des travailleurs sans papiers, contraints de se rabattre sur la livraison, une activité de forçat réservée à ceux qui n’ont pas d’autre choix.

Elle a pu, dans le passé, assurer un minimum de ressources, avoisinant péniblement le smic, mais depuis plusieurs années le prix des courses a tellement baissé qu’elles leur rapportent à peine quelques centaines d’euros par mois.

La mafia des loueurs de comptes Malgré un incontestable lien de subordination aux plateformes, les «  Uber  » et les «  Deliveroo  » sont contraints d’exercer sous l’hypocrite statut d’auto-entrepreneur. Ne pouvant se déclarer eux-mêmes à l’URSSAF, les livreurs sans papiers doivent exercer sous le couvert de personnes qui leur louent un compte contre rétribution.

Ces loueurs prélèvent chaque semaine une somme fixe de 250 euros minimum sur les maigres recettes des livreurs. Ils ne tolèrent aucun congé, aucun repos hebdomadaire et exercent d’énormes pressions en cas de grève.

Et celle des marchands de sommeil L’absence de papiers interdit l’accès au logement social et la faiblesse de leurs ressources, malgré un travail harassant, ne permet pas aux livreurs d’assumer un loyer ou une colocation. C’est un autre filon, pour une autre mafia : celle des marchands de sommeil. Dans les quartiers du Sud grenoblois, ils ont investi les centaines de logements vacants du bailleur social Actis pour y « accueillir » des personnes qui n’ont pas d’autre solution que ces squats. Ils les rançonnent de 150 euros par pièce dans ces appartements qui sont souvent des très grands appartements.

Une mobilisation pour protéger de la rue et des marchands de sommeil !

Quand le bailleur social Actis a commencé à multiplier les expulsions avec recours à la force publique, ils ne sont pas restés passifs (2). Des contacts ont été pris avec le DAL et ils ont participé en nombre, le 5 novembre, à un rassemblement devant la mairie de Grenoble.

Ceux qui n’avaient pas encore été expulsés, mais qui se savaient imminemment menacés, ont refusé de continuer à payer les marchands de sommeil. Et ont alors dû faire face à de multiples mesures de rétorsion  :

coupures d’électricité, d’eau et de chauffage, inondation d’un appartement, coups et menaces physiques.

Il n’était pas question que quiconque, notamment des familles avec des bébés et de très jeunes enfants, dorme dans la rue. Et il n’était pas question, non plus, que les résidents des squats restent exposés aux violences des marchands de sommeil qui se faisaient de plus en plus pressantes. C’est ainsi que fut décidée l’occupation des locaux de la Métro, avec de nombreuses initiatives pour se faire entendre  : conférence de presse sous la neige, le 20 novembre, avec des témoignages des livreurs harcelés par les marchands de sommeil et de mamans, bébés dans les bras ; rassemblement devant la conférence de C. Robert, délégué général de la Fondation logement, le 24 novembre ; manifestations jusqu’à la mairie de Grenoble, les 27 novembre et 1 er décembre ; manifestation le 6 décembre «  en soutien à l’occupation de la Métro et pour la réquisition des logements  »… A l’invitation de la Cimade, une délégation a animé un débat dans un cinéma après la projection du film «  L’histoire de Souleymane » ; des livreurs ont participé à plusieurs présentations de l’exposition M’Waali (« Mon travail ») réalisée par le photographe Christian Revest…

Une participation active aux mobilisation syndicales du 2 décembre

Avec chasubles CGT et banderoles de l’occupation, ils ont pris la parole, l’après-midi, au rassemblement intersyndical devant la préfecture.

Le matin, une autre délégation de livreurs a participé à la manifestation organisée par l’Union locale CGT du Grésivaudan en soutien aux Teisseire.

Teisseire est une fabrique de sirops iséroise dont les origines remontent au 18 e siècle. Elle est installée depuis 1971 dans une nouvelle usine construite à Crolles dans la vallée du Grésivaudan.

L’entreprise a été rachetée par le groupe Britic en 2010, puis par le groupe Carlberg en 2025. Le 16 octobre, celui-ci a annoncé l’arrêt de la production à Crolles en 2026 : 205 personnes concernées !

La manifestation du 2 décembre est partie de l’usine Teisseire avec des prises de paroles devant les autres usines de la zone  :

STMicroelectronics, Altratech et Soïtec.

Accompagnée par un camarade militant CGT et d’un militant du Dal, une délégation de 9 livreurs avait fait le voyage jusqu’à Crolles  : prise de parole devant Teisseire avant le départ de la manif, pour soutenir les 205 licenciés et faire connaître leur lutte ; puis participation active et remarquée à la manifestation qui a rassemblé plusieurs centaines de personnes. A leur retour à la Métro, la chanson des Teisseire « Le sirop coule » (3) est devenue un tube de l’occupation.

Une mobilisation payante, mais qui doit se poursuivre

Les occupants de la Métro ont bénéficié de l’efficace appui du Dal et de ses militants, ils ont pu compter sur l’implication des nombreux militants associatifs, syndicaux et politiques qui leur ont apporté un soutien journalier, sur l’UL CGT…, mais comme cela a largement été souligné, c’est grâce à leur combativité, à leur persévérance et à leur mobilisation, qu’ont pu être arrachées des propositions de relogement négociées par la Métro avec l’ensemble des communes de l’agglomération. A l’heure où nous écrivons ces lignes, tout reste à concrétiser et la mobilisation et le soutien doivent se poursuivre.

Tant qu’il y aura des centaines de logements vacants et, qu’en parallèle, des milliers de gens sont à la rue, les marchands de sommeil continueront immanquablement à sévir avec d’autres sans logis. Les politiques de la ville et les opérations de rénovation urbaine ne peuvent pas être le prétexte à laisser vides autant de logements sociaux. Il faut un moratoire sur les expulsions qui s’applique à tous. Il faut une interdiction d’expulser sans solution de relogement.

Et il faut réquisitionner ! Les maires en ont le pouvoir et ils ne peuvent pas éternellement se contenter de dénoncer les carences de l’Etat.

C’est au cœur des exigences du «  Collectif réquisitions  » réuni autour du DAL (auquel notre parti participe). A Grenoble, Éric Piolle avait indiqué dans son programme de 2017, qu’il userait de cette compétence si nécessaire. Il en a à nouveau fait l’annonce en mai dernier.

Il est plus que temps de passer aux actes ! Repérés par le DAL et par les syndicats, des locaux vides existent, certains, comme l’ancienne tour des chèques postaux, seraient à aménager, d’autres, comme l’ancienne cité universitaires du Rabot, sont tout prêts : ils ne doivent pas être livrés aux promoteurs qui les convoitent !

Pour les livreurs, la lutte, la solidarité, l’organisation et la mobilisation sont toujours d’actualité. Car pour avoir une solution de logement pérenne, il faut avoir des ressources, donc arrêter d’être sous-payés par les plateformes et rackettés par les loueurs de comptes, parce que sans papiers  ! Les préfets ont la responsabilité d’y mettre fin : en régularisant ces travailleurs sans papiers qui «  bossent, vivent et luttent ici  »  !

C’est ce que les livreurs continueront à exiger, notamment en participant à la mobilisation du 18 décembre.

Stop à la surexploitation  ! Stop au racket des loueurs de comptes  !

Stop à la mafia des marchands de sommeil ! Régularisation des sanspapiers !


1. Mises en place entre 2012 et 2018 dans 21agglomérations urbaines, les «  métropoles  » exercent des compétences déléguées par les communes, voire le département et même l’Etat. Elles ont notamment en charge la poli tique locale de l’habitat.
2. Depuis la loi Kasbarian-Berger, de 2023, lessquatteurs de logements vides et ceux dont le bail a été résilié pour défaut de paiement de loyers, peuvent être expulsés, même pendant la «  trêve hivernale  » qui démarre le 1er novembre.
3.https://www.youtube.com/watch?v=OCvHHUn7nQE : « Le sirop coule mais pas nos larmes … Teisseire s’effondre mais pas nos voix, le sucre du peuple, il (ne) fond pas ; le sucre du peuple est …révolutionnaire. ».