Parti Communiste des Ouvriers de France

Equateur : Victoire sans appel du peuple
10 décembre 2025

Daniel Noboa, et à travers lui, toute l’oligarchie équatorienne et l’administration Trump qui le soutient, ont subi une défaite politique, à travers la victoire du « non » au référendum du 16 novembre (1).

Ce jeune chef d’Etat, qualifié de «  fils de riche  » particulièrement arrogant et capricieux, est le fils du milliardaire Noboa, qui contrôle de très nombreuses entreprises, notamment dans le secteur de la banane.

D. Noboa a cru pouvoir se « relancer » en organisant un référendum. Mais contrairement à son plan, ce référendum a joué le rôle de catalyseur aux différentes contestations sociales et politiques, en ajoutant des questions touchant à la souveraineté du pays.

En effet, juste avant le référendum, il y a eu un puissant mouvement chez les peuples indigènes.

Du 22 septembre au 22 octobre, une grève nationale avait été lancée par la Conaie (Confédération des nationalités indigènes de l’Equateur), contre le décret mettant fin aux aides publiques au prix du diesel, entraînant une hausse importante du coût du transport. Noboa a d’emblée refusé toute négociation, a fait massivement intervenir les forces armées et la police et a instauré l’état d’exception (qui interdit toute manifestation).

La Conaie a appelé à la fin de la grève le 22 octobre, au moment où D. Noboa donnait l’ordre à l’armée de dégager toutes les routes. La Conaie lançait, dans la foulée, la mobilisation pour dire « non » aux questions posées par la «  consultation populaire ».

Noboa a mis au vote quatre questions :

  • l’installation de bases militaires étrangères, en l’occurrence des bases US, dans les îles Galapagos (patrimoine mondial de la biodiversité)

  • la fin du financement public des partis politiques

  • la diminution du nombre des députés et sénateurs

  • l’installation d’une assemblée constituante, pour une nouvelle réforme de la Constitution. L’actuelle constitution, dite de Montechristo, qui date de 2008, avait intégré le «  droit de la nature  », le caractère plurinational du pays, et plusieurs autres aspects démocratiques.

La campagne très courte (du 1 er au 13 novembre, avec le vote, le 16 novembre), a été marquée par la mobilisation des moyens de l’Etat, celles des dirigeants des entreprises, des médias… en faveur du « oui ».

Le gouvernement a annoncé le versement anticipé de la prime de fin d’années, il a mis en scène l’arrivage de cartons de médicaments par avions et camions – les hôpitaux publics et les pharmacies étant en manque de tout.

L’administration Trump s’est ouvertement ingérée dans ces élections, avec la venue de Rubio début septembre, «  pour aider  » le gouvernement équatorien à combattre le narcotrafic (soi-disant à travers l’implantation de la base US aux Galapagos), et l’annonce par Trump d’un accord sur les tarifs douaniers, présentés comme «  favorables à l’Equateur  », mais sans précision sur les marchandises concernées ou le montant des nouveaux « tarifs ».

Le camp populaire, réuni dans le front « Unis pour le Non » : la Conaie, l’Unité Populaire – liste 2 (2) , l’UGTE (Union générale des travailleurs d’Equateur), l’UNE (Union nationale des Educateurs d’Equateur), le FUT (Front unitaire des travailleurs), le Front populaire, et des dizaines d’organisations et d’associations, ont mené une intense campagne unitaire pour le NON. Comme le soulignent les camarades d’Equateur, « la victoire du peuple sur l’oligarchie génère un nouvel état d’esprit parmi les masses, au sein du mouvement populaire organisé, parmi les militants politiques des partis et mouvements de gauche ». La confrontation qui a marqué la scène politique pendant plusieurs années, à savoir entre partisans de Correa et anti-Correa, est passée au second plan. Cette victoire redonne aux masses un rôle central dans la défaite de l’autoritarisme. Elle aide à surmonter les craintes et les peurs qui avaient gagné une partie du peuple. Elle encourage d’importants secteurs des travailleurs et du peuple en général, de la jeunesse et des femmes, à se joindre à la lutte pour continuer à affronter la politique antipopulaire du gouvernement.

Niant totalement le rôle joué par les organisations de gauche dans cette campagne et sa propre défaite politique, D.  Noboa a gardé le silence pendant plusieurs jours. On a appris, que le 18, il s’était rendu aux USA, sans donner la moindre explication, ni avant, ni après. Il est visiblement allé rendre compte à ses « maîtres » pour essayer de les rassurer sur le maintien de tous les liens de dépendance économiques, sur l’accomplissement des exigences du FMI et sur la poursuite des accords militaires.

Mais les conditions actuelles sont différentes, car l’opposition populaire se trouve dans de meilleures conditions qu’auparavant.

Les camarades insistent sur l’unité qui a permis cette victoire.

« Un élément sur lequel il faut travailler est l’unité des secteurs populaires. La victoire du NON lors du référendum est le résultat de l’action d’un ensemble d’organisations populaires, de partis et de mouvements de gauche, parmi lesquels se distingue Unidad Popular, ainsi que d’universitaires, d’artistes, d’hommes et de femmes qui se sont individuellement joints à la campagne. Cette convergence d’actions doit se traduire par un projet unitaire à long terme » .


2. L’Unité populaire liste 2, créée et reconnue officiellement en 2015, poursuit le combat du Mouvement Démocratique Populaire, MPD-liste 15, qui a été illégalisé par le gouvernement Correa.