Parti Communiste des Ouvriers de France

La militarisation aiguise la concurrence entre les « marchands de canons »
10 décembre 2025

Le plan « Rearm Europe », annoncé par U. van den Leyen au nom de la Commission européenne, se propose de mettre 800 milliards à la disposition des Etats pour accélérer le réarmement. Sa première concrétisation a été la suspension du « pacte de stabilité et de croissance  » pour toutes les dépenses en matière de défense. Elles n’entreront plus dans la limite des 3 % fixée pour les déficits publics des Etats. Les dirigeants de l’impérialisme allemand ont pu se débarrasser du carcan législatif qui limitait le déficit budgétaire annuel à 0,35 % du PIB, pour annoncer un budget militaire de plus de 100 milliards (1) , avec l’ambition d’avoir, dans les prochaines années, « l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe ». Parallèlement, sur les 500 milliards du « plan d’infrastructure », prévu sur 12 ans par le gouvernement Merz, une part importante sera consacrée aux routes et au transport aérien, « afin de permettre le transport d’armes et de troupes vers le front » (2) et d’évacuer des milliers de blessés.

On retrouve là les mêmes objectifs de mobilisations des services de santé annoncés discrètement par la ministre Vautrin et détaillés par le Canard enchaîné cet été  : « les hôpitaux civils seraient mobilisés pour prendre en charge entre 100 000 et 500 000 combattants en transit sur une période allant de quelques semaines à plusieurs mois .  » En plein marasme du système de santé public, dans tous les pays de l’UE, ces annonces sont une grossière provocation !

La compétition entre monopoles de l’armement s’aiguise

Dans La Forge de novembre, nous avons parlé de la bataille autour de l’avion du futur (SCAF), entre Dassault et Airbus, pour obtenir la maîtrise de ce projet de plus de 100  milliards. Depuis, les dirigeants de Dassault ont annoncé le renforcement des liens avec l’autre monopole, Thalès, géant de l’électronique de défense, pour « faire émerger une intelligence artificielle au service du combat aérien », qui mêle l’avion piloté et les drones. Cette IA équipera aussi bien le Rafale modernisé que le Scaf.

Si, une nouvelle fois, des décisions importantes devraient être prises dans les prochaines semaines, concernant l’avenir du projet Scaf, les dirigeants allemands ne cachent pas que d’autres solutions existent  : le F-35 de Lockheed, le projet de l’avion de 6 e génération développé par le Japon, le Royaume-Uni et l’Italie… Ce sont des centaines de milliards qui sont en jeu : qui tous seront pris sur les budgets sociaux et qui mobiliseront des milliers d’ingénieurs, de techniciens, de travailleurs, pour préparer la guerre entre puissances impérialistes.

Ces milliards et les enjeux technologiques exercent une certaine fascination, notamment chez les ingénieurs, les chercheurs. Cela se vérifie déjà dans les grandes écoles, à Paris, Toulouse…, où les industriels de l’armement, les généraux, viennent recruter des ingénieurs en formation. Des étudiants et étudiantes s’inquiètent de la pression croissante de ces industries, dans les écoles, comme le confiait l’une d’entre elles : « Beaucoup d’ingénieurs n’ont pas envie de créer des armes pour tuer des gens » (3).

Les domaines de la compétition entre monopoles des Etats européens

Pour ce qui est des chars, des canons , ce sont incontestablement les monopoles allemands qui dominent le secteur, avec KNDS, alliance entre Krauss Maffei-Wegmann, monopole privé Nexter, et Rheinmetall.

Dans le spatial , un secteur dans lequel le « civil » et le « militaire » cohabitent intimement (4), c’était la France qui a longtemps dominé le secteur, notamment à travers son poids au sein de l’Agence spatiale européenne (ASE) qui regroupe 23 membres, plus des pays associés. Lors de la réunion de l’ASE à Brême, en novembre, c’est l’Allemagne qui en a pris la tête, en devenant le premier investisseur. Au niveau des industriels, Airbus, Thalès et Leonardo ont fusionné leur branche spatiale pour devenir leader européen dans le spatial et concurrencer Starlink, de Musk.

Ils sont, tous trois, des monopoles du lobby militaro-industriel. ★


1. Les prévisions de budget militaire de laFrance sont de 57,2  milliards en 2026 et de 64 en 2027.
2. Compte rendu des débats du congrès annueldu centre d’information sur la militarisation (IMI) paru dans Arbeit Zukunft.
3. Le Monde campus , du 13 novembre.
4. Que ce soit dans le domaine de l’observation, du renseignement, des télécommunica tions ou des lanceurs, les mêmes outils servent aussi bien le secteur civil que militaire.