Les arrangements à l’Assemblée n’éteignent pas la lutte de classe 10 décembre 2025
Des débats à l’Assemblée nationale autour des propositions de loi sur le budget général comme sur celui de la Sécurité sociale, qui n’en finissent pas – projet de loi voté, ou rejeté à la quasi-unanimité, adopté seulement en partie, rejeté mais en deuxième lecture, amendé jusqu’au bout de la nuit…–, tout travailleureuse conscient a compris qu’il s’agissait pour l’exécutif d’accoucher d’un budget qui réponde aux intérêts des monopoles, de l’oligarchie financière, des riches et des plus riches… Le budget général (PLF), comme celui de la Sécurité sociale (PLFSS), s’ils finissent par être adoptés, seront des budgets d’une méga-austérité dans la droite ligne du budget initial de F. Bayrou qui prévoyait 44 milliards « d’économies ».
Ces semaines de débats pour ou contre tel ou tel amendement à plusieurs millions d’euros, mais au bout du compte pour arriver à un résultat quasiment à somme nulle, ont fini par lasser sérieusement confortant encore davantage l’attentisme.
Déjà le 2 octobre, la mobilisation sociale à l’appel de l’Intersyndicale (avec les huit organisations syndicales) était moindre ; celle du 2 décembre, à l’appel de la CGT, de Solidaires et de la FSU contre « ce budget et pour les salaires », a eu aussi, dans ces conditions, plus de mal à convaincre. En même temps, il fallait en être. Question de principe ! Quand « ceux d’en face » sont à la manœuvre pour aggraver les conditions de vie et de travail de celles et ceux qui « bossent », le mouvement syndical qui refuse d’abdiquer ne peut pas être aux abonnés absents. Question aussi de responsabilité et de « suite » après les journées des 10 et 18 septembre et du 2 octobre.
Comme il fallait être aussi dans la rue les 22 ou 25 novembre, jours de mobilisation internationale pour le droit des femmes, et le 29 novembre en solidarité avec le peuple Palestinien et contre le génocide à Gaza.
Le 2 décembre, plus d’une centaine de mobilisations, de rassemblements ont eu lieu dans différentes villes. Si les rangs des manifestations étaient relativement clairsemés, cette journée a néanmoins permis de rendre visible les luttes des travailleurs, notamment contre les licenciements. A Vendôme (41) les militants locaux étaient avec les ouvriers de Brandt dont l’entreprise est menacée comme celle d’Orléans, avec à la clé 700 à 400 travailleurs licenciés et, dès le 15 décembre, la menace de ne plus être payés. A Crolles (38), la mobilisation départementale en soutien aux ouvriers de Teisseire (fabrique de sirops) a été un vrai succès (voir notre article page 9).
Cette entreprise emblématique de la Vallée du Grésivaudan, menacée là aussi de liquidation, mais avec des ouvriers et leurs organisations syndicales bien déterminés à se battre. Même situation à Commentry dans l’Allier (03) où deux mille manifestants sont venus soutenir les ouvriers de l’usine Erastell, qui produit de l’acier rapide et recycle les piles et les catalyseurs pétroliers, menacés de190 licenciements… unis derrière leur slogan : « on est des forgerons, on va se battre » !
La veille du 2 décembre, c’est la direction d’ArcelorMittal qui a mis le feu aux poudres à l’usine de Dunkerque en proposant, lors des NAO, 0,9 % d’augmentation, soit moins de 20 euros pour un salaire de 2 000 euros brut. « Le mouvement nous dépasse et c’est tant mieux.
Tous les services de l’usine sont désorganisés, un des deux hautsfourneaux est à l’arrêt, le laminage aussi et l’aciérie fonctionne à un tiers seulement de sa capacité » a déclaré Gaëtan Lecocq, le délégué syndical CGT au journal l’Humanité du 4 décembre. L’année dernière, ArcelorMittal avait concédé « un zéro pointé ! Les salariés avaient courbé l’échine et ravalés leur amertume » a écrit la CGT sur son tract en soutien à la grève. Cette nouvelle provocation d’ArcelorMittal, après les 600 suppressions et plus de postes annoncés, alors qu’en novembre le groupe a réalisé un bénéfice de près de 4 milliards sur les 3 premiers trimestres de 2025, n’est pas passée.
La proposition de loi pour la nationalisation du groupe, adoptée quasiment la veille à l’Assemblée nationale, et les projecteurs braqués sur les ouvriers en lutte pour la préservation de leur emploi, ont visiblement redonné confiance. Décidés « à ne plus courber l’échine », ils exigent la revalorisation de leur salaire. Ce qui, de fait, inaugure aussi une nouvelle étape dans la bataille contre les 600 licenciements.
Il n’y a vraiment rien à attendre des petits arrangements à l’Assemblée nationale autour du budget. Il n’y a pas d’autres voies que celle de la lutte de classe ! ★
