L’éducation, une des grandes victimes du budget 2026 10 décembre 2025
Le projet de Budget 2026 porté par le gouvernement Lecornu II, en ce moment discuté au Parlement, prévoit des coupes sévères dans l’éducation. Il s’agit même d’un tournant historique. Pour la première fois, le PLF (projet de loi de finances) 2026 prévoit un budget de l’armée (68,4 milliards d’euros, soit 7 milliards de plus) supérieur à celui de l’éducation nationale (64,5 milliards d’euros). Le message est clair : dans la France de Macron, il faut des policiers et des soldats supplémentaires, pas des enseignants ! Si le budget de l’éducation augmente en valeur de 200 millions d’euros, il est en baisse en pourcentage du PIB du fait de l’inflation.
Concrètement, le budget prévoit la suppression de plus de 4 000 postes d’enseignants. Le Sénat prévoit même de porter les suppressions à 8 000 postes ! L’argument souvent avancé pour justifier ces suppressions par le gouvernement et notamment la ministre du budget, Amélie de Montchalin, c’est la baisse du nombre d’élèves, notamment dans le premier degré. Or, et nous l’avons déjà évoqué dans de nombreux articles, la France est championne parmi les pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) du nombre d’élèves par classe, ce qui pèse fortement sur les conditions de travail des personnels et d’étude des élèves. Plutôt que de profiter de la baisse démographique pour alléger les classes et dégager des moyens pour assurer, entre autres, l’inclusion scolaire des élèves porteurs de handicap, le gouvernement fait un choix idéologique. Alors même que le nombre d’enseignants est insuffisant, en témoigne les nombreux remplacements non assurés, le gouvernement va aggraver la crise l’année scolaire prochaine.
Cette tension budgétaire s’observe déjà dans les rectorats. Dans l’académie de Reims, 33 contractuels ont été remerciés le 30 novembre, une belle façon de leur souhaiter de « bonnes fêtes » de fin d’année ! Cette décision honteuse va priver des centaines d’élèves de cours jusqu’aux vacances de Noël. Comble du cynisme, le rectorat a invité les malheureux professeurs à se tourner vers France Travail avant de, peut-être, les réembaucher en janvier… Pour les AESH, le projet de budget prévoit 1 200 créations de postes. C’est moins qu’en 2025 (2 000) et 2024 (3 000). C’est largement insuffisant étant donné que 42 000 élèves sont encore privés, à cette heure, d’un accompagnement.
Le gouvernement fait le choix d’une école à l’économie, au risque d’affaiblir encore plus une école publique déjà malmenée. Les chiffres peuvent être habilement présentés, mais la réalité demeure : moins d’enseignants, toujours pas de remplaçants en cas d’absence, des classes surchargées, et une inclusion sans moyens.
La convention citoyenne sur les « temps de l’enfant » : une opération de diversion
À l’issue de six mois de travaux, la convention citoyenne sur les temps de l’enfant a rendu son rapport le 23 novembre. Ses 130 membres ont fait part de 20 propositions pour « mieux structurer les différents temps de la vie quotidienne des enfants », objectif fixé par le précédent gouvernement Bayrou. Parmi les mesures retenues, il y a le retour à la semaine de 5 jours à l’école primaire, des cours qui commencent à 9 h et des séances de 45 minutes (au lieu de 55) au collège et au lycée, des activités pratiques concentrées l’après-midi (les cours théoriques ayant lieu le matin), moins de devoirs à la maison… Ces mesures, si elles devaient être mises en place, demandent des moyens supplémentaires, ce qui n’est pas à l’ordre du jour ! De plus, elles suscitent l’opposition des syndicats enseignants qui, même s’ils partagent une partie des constats, n’approuvent pas les solutions, qualifiées même de « dangereuses » ou « utopiques ».
En réalité, la question à se poser c’est pourquoi le gouvernement a lancé cette convention sur un sujet, certes important, mais qui vient quand même loin derrière un certain nombre de questions prioritaires aujourd’hui. Que cache ce souci soudain de nos dirigeants pour le bienêtre des enfants ? En faisant réfléchir sur ce sujet des citoyens tirés au sort, sans associer en particulier les enseignants vu le temps passé par les enfants et les adolescents à l’école, le risque de division était inévitable. Et rappelons-nous la première convention citoyenne sur le climat organisée en 2019 par Macron et présenté comme une initiative de démocratie participative. Au final, la plupart des propositions faites par les citoyens – et en particulier les plus significatives –, ont été rejetées. Cette expérience devrait nous faire considérer cette nouvelle initiative avec beaucoup de circonspection ! ★
